samedi 20 mai 2017

Classe exceptionnelle, une simulation...

Le blog du Confort intellectuel est un vieux complice, avec lequel nous ne sommes pas toujours d'accord, mais qui soutient notre action.

En tant qu'association, le GDiD réunit ses membres dans un objectif commun, celui de la reconnaissance statutaire du métier de Directeur d'école, qui pour nous désormais ne peut plus venir que de la création d'établissements scolaires du 1er degré. Nous n'avons pas le droit moral de choquer nos membres en prenant parti pour telle ou telle centrale syndicale - même si nous savons pertinemment qui travaille avec nous ou dans le même sens que nous - ou pire mettre en avant telle ou telle opinion politique. Nous n'avons pas à prendre parti en dehors de ce qui concerne le mandat qui nous a été octroyé.

Nous ne pouvons pas non plus nous permettre de relayer des propos vifs ou des doutes quant à l'action de notre administration de tutelle, cela irait à l'encontre de ce que nous croyons - nous sommes foncièrement régaliens - comme de nos intérêts si nous voulons avancer vers le but que nous nous sommes fixé. Ceci évidemment concerne également nos rapports avec le gouvernement de notre pays, qui change selon des règles démocratiques que nous avons comme devoir de respecter si nous voulons pouvoir travailler dans la sérénité. C'est notre présence qui jusqu'à présent a fait notre succès, qui a permis la création ad nihilo du référentiel-métier du Directeur d'école, comme la création de la nouvelle et récente "classe exceptionnelle". Cette dernière certes hélas ne concernera pas tous les chefs d'établissement que nous sommes déjà sans en avoir le nom, mais certainement une bonne partie des plus anciens.

Cette classe est un début, une preuve pour nous de la prise de conscience de nos gouvernants que le rôle des Directeurs d'école est primordial et de la nécessité de sa reconnaissance. C'est aussi certainement une preuve que dix-sept années de travail n'ont pas été vaines, depuis la création de l'association dans le sud de notre pays. En tout cas cela nous conforte dans l'idée que nous devons continuer, qu'il ne nous faut rien lâcher, même si l'association est dans une période difficile de rénovation de son outil de communication (je rappelle que nous sommes tous bénévoles, et que notre temps n'est pas plus que le vôtre extensible).

Si donc nous ne pouvons pas nous permettre de relayer les propos de notre ami du Confort intellectuel, en revanche parfois il lui arrive de transmettre des informations importantes ou particulièrement intéressantes. Ce fut le cas ce matin où dans son dernier billet il nous offre une simulation de ce que pourra représenter la "classe exceptionnelle" en fin d'année 2017.

Avec l'accord de son auteur (oui, nous savons qui c'est, et nous le remercions), nous recopions son texte dans lequel nous n'avons rien à changer :

"...
Le texte encadrant la Classe exceptionnelle étant paru récemment, il me semble opportun de rappeler ce que pourraient donner les promotions dès cette année. Effectivement il appartiendra aux Recteurs de faire appliquer le texte lorsqu'il auront reçu quelques précisions supplémentaires dont les chiffres exacts du nombre de promotions possibles. Je suppose qu'en ce qui concerne les PE ce seront les DASEN qui s'y colleront. Techniquement, ces promotions devaient être décidées en fin d'année civile 2017, soit au premier trimestre de la prochaine année scolaire, avec effet rétroactif au 1er septembre 2017. Et n'oublions pas que la liste des promouvables sera soumise à une commission paritaire (les erreurs sont toujours possibles).

Qui cela concerne-t-il ? Voici le texte :

Peuvent être promus au grade de professeur des écoles de classe exceptionnelle, au choix, par voie d'inscription (...), les professeurs des écoles qui (...) ont atteint au moins le 3e échelon de la hors-classe et justifient de 8 années de fonctions accomplies dans des conditions d'exercice difficiles ou sur des fonctions particulières (...).

(...) le nombre de promotions au grade de professeur des écoles de classe exceptionnelle est contingenté dans la limite d'un pourcentage appliqué à l'effectif du corps des professeurs des écoles considérés au 31 août de l'année au titre de laquelle sont prononcées les promotions. (...)

Dans la limite de 20 % du nombre des promotions annuelles (...) peuvent également être promus (...), par voie d'inscription au tableau annuel d'avancement, les professeurs des écoles qui, ayant atteint au moins le 6e échelon de la hors-classe, ont fait preuve d'une valeur professionnelle exceptionnelle au regard de l'ensemble de leur carrière.

Nous avons donc 20% de promouvables au titre d'une "valeur professionnelle exceptionnelle" et 80% au titre des fonctions, dont celle de Directeur d'école.

Il est absolument nécessaire de rappeler qu'il sera nécessaire de postuler! Ce sera un arrêté du ministre qui nous en donnera les modalités.

Combien feront partie des élus ? Malheureusement nous n'avons pas les chiffres pour 2017, la DEPP ne les a pas encore fournis. Le nombre total des PE conditionne par exemple le nombre de promus, puisque le pourcentage de promus pour 2017 a été fixé à 1,43 % du total du corps des PE. Je suis donc contraint de vous fournir une simulation avec les chiffres de 2016 qui ont d'ailleurs servi aux discussions du PPCR avec les syndicats. La voici, et vous pouvez cliquer dessus pour l'agrandir :


Comme vous le constatez, ce ne sont pas moins de 4000 PE qui seront promus au titre des fonctions, soit tout de même 25 % des promouvables, et près de 1000 au titre du parcours soit 80 % des éligibles, donc en tout près de 5000 PE qui quitteront la hors-classe pour la classe exceptionnelle. Je trouve ce chiffre assez remarquable.

Bien entendu les chiffres réels de 2017 ne seront pas les mêmes, mais l'ordre d'idée devrait être similaire.
..."

Voilà, nous avons estimé que cette simulation pouvait mettre du baume au cœur de certains d'entre nous,  ou du moins leur donner l'espoir de voir s'améliorer en fin d'année leur situation financière. Comme l'auteur, nous déplorons qu'il n'y ait que si peu d'élus. Combien d'entre vous sont Directeurs depuis de longues années sans pour autant être à la hors-classe? Nous savons qu'il fallait faire des choix budgétaires ainsi que ménager certaines réticences syndicales que par ailleurs nous comprenons, car nous respectons totalement l'implication de nos collègues dans d'autres missions que la nôtre, en particulier dans l'enseignement adapté ou les zones dites "sensibles". Nous allons donc poursuivre notre action avec votre aide indispensable, afin que la position singulière du Directeur d'école, animateur et gestionnaire, soit pleinement reconnue dans toutes ses dimensions par un statut spécifique de chef d'établissement du primaire.

jeudi 18 mai 2017

Soyez le bienvenu, Monsieur le Ministre !

Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale, c'est avec un énorme espoir que nous vous souhaitons la bienvenue à la tête de ce ministère que vous connaissez déjà bien. Effectivement, vous n'êtes pas un novice en matière d'éducation, vous avez été directeur adjoint du cabinet de M. de Robien, recteur d'Académie, Dgesco lorsque M. Chatel était à votre place. Les arcanes du ministère vous sont donc connus, vous pressentez certainement les difficultés que vous rencontrerez.

Dans votre livre concis mais complet sur "L'école de demain", vous insistez sur le fait que le temps de l'éducation est un temps long, qu'il faut cesser de produire des réformes insuffisantes et des lois incessantes si l'on veut "bâtir dans la durée une société harmonieuse et une République consolidée". Vous avez évidemment raison, Monsieur le Ministre. Il est à nos yeux néanmoins urgent d'intervenir pour l'avenir de notre école, et particulièrement celui de l'école primaire.

"On doit investir beaucoup plus pour ceux qui ont moins pour permettre de rattraper ces écarts", défendait Monsieur le Président de la République pendant la campagne. Vous-même ne disiez pas autre chose : "On peut prédire à la fin de la maternelle les difficultés qu'aura un enfant en fin de CM2', assuriez-vous, en vantant "les parcours personnalités" et votre volonté de "diviser par deux les effectifs des classes, surtout dans les endroits où les enfants ne sont pas tous francophones".

Vous insistiez également sur les premières années de scolarisation, et comme Directeur d'une petite école maternelle ces mots ont tinté agréablement à mes oreilles, car "on connaît la plasticité du cerveau entre 0 et 6 ans : l'apprentissage du langage dès le plus jeune âge permet de s'attaquer très tôt aux inégalités."

Vous voulez donc semble-t-il "mettre le paquet" sur l'école primaire, maternelle et élémentaire. Comme d'autre part  certains de vos propos ont également marqué l'importance de l'autonomie des établissements, nous espérons avoir l'occasion, et ce dès que possible, de travailler avec vous et vos services. Pour le GDiD, la réussite de nos élèves passe par une redéfinition de nos structures de travail. Comme Directrices et Directeurs d'école nous avons trop souvent les mains liés dans nos projets, leurs moyens et leurs orientations. Nous estimons pourtant être les mieux placés pour connaître les besoins des enfants qui nous sont confiés. C'est pourquoi nous pensons que nos écoles doivent se transformer en établissements publics d'enseignement du 1er degré nous permettant, en lien avec les territoires et nos partenaires, de choisir nous-mêmes où nous devons placer les moyens qui nous sont octroyés, comme nous voulons avoir le choix des méthodes. Nous voulons insister également sur le fait qu'il ne faut pas confondre cette autonomie revendiquée avec une quelconque indépendance : l'autonomie a nécessairement ses limites et suppose une complémentarité avec le regard externe comme elle doit favoriser le pilotage institutionnel. Dois-je préciser que les centrales syndicales qui nous accompagnent depuis plusieurs années sont sur la même "longueur d'onde" que nous ?

Bien entendu, il est clair pour nous que cette transformation amènera nécessairement non pas une réelle clarification de notre rôle déjà bien défini dans le "référentiel-métier", mais un changement du statut du Directeur d'école. Ce fut l'origine de la création de notre association, c'est encore le cœur de notre démarche, nous avons toujours en tête la nécessaire reconnaissance institutionnelle de notre métier.

Monsieur le Ministre, le GDiD attend beaucoup de vous. Les Directeurs d'école, surchargés de tâches et de responsabilités sans avoir les moyens de leur action, attendent beaucoup. Encore une fois nous estimons qu'il est urgent d'agir. C'est pourquoi nous vous souhaitons sincèrement la bienvenue à la tête de votre ministère, et nous espérons que vous saurez et pourrez rapidement prendre les mesures nécessaires pour l'avenir de notre école et de nos élèves.

samedi 13 mai 2017

Vers l'autonomie...

Les élections présidentielles sont passées, et pour les législatives les argumentaires concernant l'école sont oubliés. De nombreux nouveaux candidats montrent une rafraichissante volonté de s'impliquer dans la vie politique française et font preuve d'un enthousiasme juvénile qui me réjouit, quelques vieillards cacochymes préfèrent abandonner la lutte, quand certains autres tentent désespérément de sauver les meubles. Je ne me plaindrai pas que l'école ne soit plus un argument électoral brinquebalé entre partisans d'un énième retour à un passé fantasmé de hussards noirs - avec blouses, craies et férules, une école à la Doisneau - et partisans dont je suis d'une évolution nécessaire.

C'était lassant, et inconfortable, d'entendre dire quotidiennement que l'école ne fonctionne pas, que les petits français ne savent ni lire ni calculer, que.... vous connaissez le reste.

Nous avons été bousculés ces cinq dernières années. De nombreuses réformes, certaines heureuses et d'autres non, ont changé nos emplois du temps, nos programmes, nos livrets scolaires. Il nous a tous fallu nous y investir, en temps et en énergie. Les Directrices et Directeurs d'école ont vu leur tâche s'amplifier outre mesure, entre exigences de sécurité et informatisation mal maîtrisée. Nous avons également vu apparaître une "indemnité" que nous ne connaissions pas et qui - il était temps - aligne les émoluments des professeurs quel que soit leur niveau d'enseignement. Enfin une "classe exceptionnelle" dont une grande partie est réservée aux Directeurs d'école chevronnés vient juste d'être créée, même si on peut regretter que pour l'instant les conditions d'accès laissent une majorité de Directeurs sur le carreau. Le bilan des cinq dernières années, disons-le, est loin d'être négatif, et peut-être nos nouveaux gouvernants n'auront-ils pas comme première idée celle de tout remettre à plat ou tout changer, à nouveau.

Les Directeurs d'école n'ont pas clairement obtenu satisfaction dans leur réclamation d'un statut différencié qui porterait ce nom, c'est vrai. Notre régime de "décharge" n'a que peu évolué, et nous restons tous avec une charge de classe importante qui handicape notre travail de direction d'école. Pourtant, c'est là une nouveauté primordiale, notre métier est désormais reconnu comme une fonction à part de celle d'enseignant, avec un référentiel-métier signé par Mme Vallaud-Belkacem et dont beaucoup d'enseignants et même de Directeurs ne saisissent pas toute l'importance. Nous sommes désormais considérés comme des responsables d'établissement à part entière dans le vaste organigramme des métiers de la fonction publique. Ce changement qui montrera bientôt toute sa portée est le fruit d'un travail constant et appliqué du GDiD et des syndicats qui nous sont alliés, et les quelques centrales syndicales qui ne nous aiment pas ont beau jeu de faire croire que ce référentiel n'est que billevesée. Elles ont tort, mais elles ont peur aussi, car elles ont bien compris que le changement est désormais à l’œuvre et qu'on ne pourra pas revenir en arrière.

On a beaucoup parlé durant la campagne pour les présidentielles d' "autonomie" de l'école. Évidemment personne n'est d'accord sur la définition de ce mot, mais ça fait joli même si on n'a aucune idée de ce dont il peut bien s'agir. Nos candidats sont un peu ce que Jean-Christophe Torrès appelle des "cabris de l'autonomie", sympathique allusion à une déclaration fameuse du général de Gaulle. On n'y comprend rien mais ça fait bien d'en causer, ça fait moderne et renseigné. Il faut néanmoins remarquer qu'il existe aujourd'hui sur ce point un certain consensus, à gauche comme à droite voire à l'extrême-droite (l'extrême-gauche y est pour sa part farouchement opposée, elle a au moins le mérite de la clarté et de la pérennité de son point de vue). Que ce soit crédible, c'est autre chose, car l'État jacobin et centralisateur qui est le nôtre aura du mal peut-être à accepter de perdre son pouvoir coercitif et injonctif : "...la culture administrative envisage toute liberté locale comme une menace à l’efficacité " (Jean-Christophe Torrès). Nous avons le droit d'espérer : émanciper l'école, c'est un beau programme.

Pourtant cette autonomie est aujourd'hui indispensable. Comme directeur d'école, je veux être autre chose que la dernière roue du carrosse dans toutes les discussions qui impliquent l'école que je dirige. Comme le rappellait Frédéric Sève (SGEN-Cfdt) dans un entretien de mai 2016 :

"On l'a vu par exemple dans les discussions sur les rythmes scolaires ou les PEDT. L'école n'est jamais en capacité d'avoir la parole. C'est toujours la mairie et l'inspection académique qui discutent et contractualisent."

Pourtant tout le monde sait que c'est localement que les problèmes de nos élèves peuvent au mieux être résolus. Car la réussite scolaire des enfants qui nous sont confiés est l'essence de notre métier. Gérald Chaix nous rappelait que le système tel qu'il est actuellement administré manque d'efficacité et creuse les inégalités, que l’Éducation nationale ne garantit pas l'égalité des chances. Écrivons-le : l'école se trouve dans une injonction de réussite pour tous alors qu'elle n'a pas ou que très peu de moyens sur le terrain pour y répondre. Sans le choix raisonné par les partenaires locaux et l'équipe éducative des moyens d'action pour y parvenir, avec les contraintes et les possibilités de chaque école, garantir la réussite scolaire de tous nos élèves reste une gageure... ou une illusion. Le Sénat aussi ne dit pas autre chose :

"... c'est l'établissement, et non la classe, qui constitue la brique fondamentale du système éducatif. L'esprit d'équipe, sa solidarité et le développement d'un véritable travail collectif sont présentés par l'ensemble de la recherche comme une condition essentielle de la réussite des élèves."

Mais quelle autonomie? Il faudrait déjà que les acteurs de l'école soient d'accord entre eux. Les enseignants d'abord, qui souvent voient "une autonomie de l’établissement confondue avec celle du chef d’établissement, et ressentie comme potentiellement menaçante pour leur liberté pédagogique" (Jean-Michel Catin). Les directeurs d'école ensuite, qui s'imaginent "devant de nouvelles responsabilités, synonymes à leurs yeux d’un surcroît de charges et de complexité; la dépendance à une hiérarchie assez lointaine fait finalement courir moins de risques qu’un engagement dans le cadre de responsabilités assumées" (Jean-Paul Delahaye, Jean-Charles Ringard). Les syndicats : "Elle effraie les syndicats enseignants... Elle déroge à la culture administrative en vigueur depuis toujours" (Jean-Christophe Torrès). Même les "penseurs" de l'éducation s'y mettent, qui y voient certainement aussi à juste titre les arrières-pensées politiques, mais en profitent pour tacler une éventuelle autonomie perçue comme une "libéralisation de l'enseignement" (au sens politicien de "libéral"), comme l'écrit Meirieu :

"Je suis même convaincu qu’une partie de la droite rêve, aujourd’hui, de cette libéralisation complète du système, et se prépare à mettre en œuvre une dérégulation progressive de l’éducation, selon des principes plus ou moins inspirés du chèque-éducation."

Philippe Meirieu a des craintes, mais il n'en a pas moins tort. D'autant que l'équité pécuniaire des moyens accordés aux écoles fera rigoler tous les collègues qui me lisent. Je vois moi dans l'autonomie des écoles non pas une libéralisation, mais une libération. Comme directeur d'école, avoir le choix de mes projets directement nécessaires à la réussite de mes élèves et passionnément discutés en équipe, pouvoir en élaborer tenants et aboutissants sans avoir à me référer à des injonctions académiques ou ministérielles totalement éloignées des réalités locales, pouvoir en discuter les budgets avec une municipalité partenaire privilégiée sans attendre l'aval de quiconque, voilà quelques possibilités qui me font rêver. J'ai simplement envie de continuer à œuvrer au mieux, mais sans entrave administrative ni suspicion préalable. L’autonomie, qu’on ne confondra pas avec l’indépendance, c'est avoir le choix des moyens et des méthodes. Elle a nécessairement ses limites et suppose une complémentarité avec le regard externe (Bernard Dizambourg, Jean-Paul Delahaye), pour poser des "garde fous" (Jean-Michel Catin) et favoriser un pilotage institutionnel : "Il faut que l’État ait les moyens de suivre finement les évolutions dans les établissements et d’anticiper les risques éventuels" (Bernard Dizambourg). Car évidemment il n’existe pas d’autonomie sans responsabilisation, et "nulle part on ne crée d’autonomie sans créer en même temps, dans la même logique, (…) des modalités de régulation" (Roger-François Gauthier). L’évaluation par exemple est une étape indispensable au pilotage (Roger-François Gauthier, Gérald Chaix, Alain Tanguy, Bernard Dizambourg). Mais c'est d’abord une autoévaluation, afin de permettre aux équipes de vérifier dans quelle mesure les pratiques mises en œuvre remplissent la mission de l’École dans tous ses aspects.

Cette autonomie qui fait si peur passe nécessairement par la création d' "établissements du 1er degré". Encore faut-il s'entendre là aussi sur le sens à donner à ces mots. Le Sénat lui-même n'est pas forcément très clair lorsqu'il propose de "reconnaître un statut de chef d'établissement aux directeurs d'école, ce qui implique, par conséquent, de conférer le statut d'établissement public local d'enseignement aux écoles". Lorsqu'on lit le rapport, on comprend le juste point de vue, et une volonté réelle de faire progresser le système vers une nécessaire efficacité. Pour autant on sent que nos sénateurs ne cernent pas forcément tous les tenants et aboutissants de leur proposition. Quid par exemple des chefs d'établissement du primaire? Si dans l'esprit il s'agit de créer un nouveau corps, on court à la catastrophe, car un nouveau corps, de par le fonctionnement de la fonction publique, est accessible sur concours à n'importe qui. J'imagine difficilement un ancien principal de collège ou un quelconque administrateur civil ou militaire devenir chef d'établissement, avec un Conseil d'administration tout autant ignorant de ce qu'est l'école. Il est clair pour moi qu'un chef d'établissement du primaire ne peut être qu'un ancien enseignant du primaire (et j'entends bien venant de la maternelle ou de l'élémentaire) en connaissant bien le fonctionnement, les tenants et aboutissants, les plus petits et infimes recoins qui vont des soins que l'on donne à un enfant qui s'est blessé au genou en récréation à la remise en route d'un photocopieur qui flanche. Le concevoir autrement serait une absurdité mortifère. J'ajouterai même qu'une expérience enseignante d'une dizaine d'années serait un pur bienfait à une époque où la mission de direction d'école est si peu intéressante qu'elle n'est le plus souvent pourvue que par des débutants.

C'est pourquoi les propositions du GDiD ou du SGEN-Cfdt (toujours droit dans ses bottes sur ce point, ce qui n'est pas forcément le cas d'autres centrales syndicales) sur le sujet me semblent autrement plus réfléchies et concevables, qui ne laissent de côté aucune de nos missions définies par l’État : gestion, animation, partenariat, évaluation ou stratégie. J'espère que notre prochain gouvernement saura choisir de bonnes lectures, et discuter avec les bons interlocuteurs. J'espère que M. Macron, son Premier ministre et son Ministre de l’Éducation, auxquels je souhaite volonté et courage, sauront consulter ceux qui comme nous connaissent à fond la question et y travaillent depuis tant d'années.

Désormais, au delà de la reconnaissance administrative et de la charge de travail des Directeurs d'école, l'idée de bientôt aboutir à un changement majeur de la gouvernance de l'école primaire réjouit mon âme. Le vieux bonhomme que je suis ne veut, ne souhaite, n'espère et n'attend que ce changement indispensable. Je ne joue plus pour moi, c'est vrai, vu mon âge je crois que je n'en serai pas. Je joue pour mes pitchounes et mes pitchounettes de cinq ans qui me grimpent sur les genoux en récréation et me sourient totalement avec une désarmante innocence. C'est pour eux que je me bats.

PS: je me suis beaucoup appuyé pour ce billet, et en particulier pour les citations, sur un document remarquable de l'AFAE consacré à l'autonomie... C'est à lire!

vendredi 12 mai 2017

L'établissement comme espace d'éducation le plus adéquat...

Le 29 mars dernier, le Conseil national de l'innovation pour la réussite éducative (ou Cniré) présidé par Philippe Watrelot a remis à la ministre son ultime rapport de la mandature, intitulé "Innover pour une École plus juste et plus efficace : synthèse des travaux du Cniré 2016-2017". Ce rapport intéresse à plusieurs titres les Directeurs d'école, en ce sens qu'il appuie encore un peu plus en faveur de la singularisation des unités d'éducation dans les territoires, tout en restant dans un cadre national contraint. On peut imaginer que notre prochain ministre de l’Éducation nationale aura le réflexe de lire ce rapport si ce n'est déjà fait, comme de consulter notre association qui a sur ce point son mot à dire et beaucoup d'idées à partager.



Voici quelques extraits probants qui rejoignent certaines des profondes convictions du GDiD:

"(...)
La première caractéristique de l'efficacité est donc l'existence d'objectifs clairs. Être efficace c'est se donner les moyens les plus appropriés de parvenir à ses fins. Ces finalités doivent être définies clairement par la Nation et c’est ensuite à chaque établissement de les décliner et les définir au mieux par rapport à sa situation et son contexte.
(...)
Mais l'efficacité ne suppose pas qu'il y aurait un « one best way » ou des « bonnes pratiques ». C'est tout l'inverse. C'est parce que nous savons bien que ce qui marche à un endroit ne marche pas forcément dans un autre, parce que nous savons qu'il n'y a pas une seule manière de faire, parce que nous croyons à l'inventivité des équipes qu'une École efficace est nécessairement une école décentralisée et autonome. La garantie de l'Égalité serait donnée par la conformité aux objectifs nationaux. Des moyens différents et adaptés dans des structures coopératives et autonomes pour des objectifs communs, ce serait donc la troisième caractéristique d'une École efficace et « agile » pour reprendre un qualificatif utilisé dans nos discussions.
(...)
L’efficacité n’est donc pas un « gros mot » libéral, on ne parle pas ici de productivité ni de rendement, ni même d’efficience au sens budgétaire. Il faut se garder d’une simplification abusive des concepts. « Efficace » n’est pas ici une « valeur » mais juste un qualificatif. Il s’agit simplement de caractériser une organisation qui soit capable d’apprendre, de se remettre en question, d’innover, de se renouveler, de s’évaluer et de trouver les solutions les plus efficaces et adaptées aux situations locales.
(...)
La conviction forgée par les discussions et la réflexion collective au sein du Conseil est que l’établissement est le lieu le plus adéquat pour favoriser l’innovation et lutter efficacement contre les inégalités. C’est à ce niveau que peuvent se construire des espaces de formation et de travail coopératif que nous souhaitons voir se développer.
(...)
Se situer au niveau de l’établissement, en tant qu’espace de travail, de co-élaboration et de co-formation c’est se décentrer d’une vision de l’enseignement centrée sur l’individu pour considérer le contexte dans lequel s’exerce l’activité et les facteurs favorisant un apprentissage du et au travail. La formation conçue jusque-là individuellement à l’échelle de la classe pourrait alors s’étendre au collectif enseignant à l’échelle de l’établissement. L’enjeu est de favoriser l’émergence en établissement d’une communauté éducative (toujours) apprenante.
(...)Le rôle de facilitateur et de pédagogue du chef d’établissement est aussi une caractéristique commune tout comme la construction d’une culture d’établissement fondée sur l’appropriation du projet et l’engagement partagé.
(...)"

Les propos du Cniré nous confortent dans notre volonté d'avoir à terme dans notre pays des établissements d'enseignement du 1er degré dans lequel le Directeur d'école, chef d'établissement reconnu par ses partenaires, pourrait tenir avec sérénité et efficacité ses rôles de gestionnaire et d'animateur, au service de la réussite de chacun des élèves sous sa responsabilité.

lundi 8 mai 2017

Classe exceptionnelle, c'est acté !

Les élections présidentielles et l'intense émotion qu'elles ont suscitée nous ont caché le décret paru dimanche au Journal Officiel, soit le décret n° 2017-786 daté du 5 mai 2017. Les accords PPCR sont actés, la "classe exceptionnelle" est effectivement créée (pour les professeurs des écoles, ça commence au titre 9, article 127) :

« Art. 25-1. - I. - Peuvent être promus au grade de professeur des écoles de classe exceptionnelle, au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, les professeurs des écoles qui, à la date d'établissement dudit tableau, ont atteint au moins le 3e échelon de la hors-classe et justifient de 8 années de fonctions accomplies dans des conditions d'exercice difficiles ou sur des fonctions particulières au sein d'un corps enseignant, d'éducation ou de psychologue relevant du ministère de l'éducation nationale. La liste de ces fonctions est fixée par arrêté du ministre chargé de l'éducation nationale et du ministre chargé de la fonction publique. »
(...)
« IV. - Le tableau d'avancement est arrêté chaque année, dans chaque département, par le recteur, après avis de la commission administrative paritaire compétente, selon des orientations définies par le ministre chargé de l'éducation nationale. Les promotions sont prononcées, dans l'ordre d'inscription au tableau annuel d'avancement, par le recteur. »
(...)
« Pendant une durée de quatre ans à compter de l'entrée en vigueur du présent décret, les professeurs des écoles remplissant les conditions pour être promus au grade de professeur des écoles de classe exceptionnelle fixées au I de l'article 25-1 doivent exprimer leur candidature. Un arrêté du ministre chargé de l'éducation nationale détermine les modalités et la date limite de dépôt des candidatures. Les commissions administratives paritaires du corps des professeurs des écoles, instituées par le décret du 31 août 1990 susvisé, sont compétentes, jusqu'à expiration du mandat de leurs membres, pour l'examen des questions concernant les professeurs des écoles de classe exceptionnelle. »

Nous nous pencherons attentivement sur la suite des évènements, particulièrement pour ce qui concerne la liste des fonctions fixée par arrêté et l'acte de candidature indispensable, mais nous pouvons écrire et dire que le gouvernement partant a tenu sa parole.

samedi 6 mai 2017

Un soutien...

Le blog du "Confort Intellectuel", qui soutient le GDiD depuis qu'il existe, vient de faire paraître un article dont je souhaite vous faire partager quelques lignes choisies (nous ne partageons pas forcément tout ce qui est écrit dans l'article) qui nous conviennent parfaitement:

"...
1) le travail ininterrompu et régulier du GDiD depuis quinze ans a finalement payé. Aujourd'hui plus personne ne nie la nécessité de rénover la gouvernance des écoles, sauf peut-être quelques ultimes réfractaires (...). Syndicats réformistes et politiques de tous bords sont désormais conscients que le système de pilotage des écoles est devenu inopérant malgré la bonne volonté des personnels qui en ont la charge - et le mot "charge" est exactement le terme qui convient -.

2) la création de la "classe exceptionnelle" (...) pourra difficilement être remise en cause, car elle procède de longues discussions avec les grandes centrales syndicales qui toutes aujourd'hui l'ont actée. Les accords PPCR dans la Fonction publique ont été un remarquable travail de longue haleine et ne seront pas renégociés. Même si cette "classe exceptionnelle" ne concernera que peu d'élus au cours de sa première année d'existence, je rappelle qu'elle a été inventée pour reconnaître l'investissement de plusieurs métiers particuliers de l’Éducation nationale dont prioritairement les Directrices et Directeurs d'école. (...)

Notre éventuel statut (...) ne pourra passer que par une redéfinition de celui de l'école. La création d'établissements du premier degré amènera celle d'un statut pour les Directeurs. C'est d'ailleurs aussi ce que pensent les deux alliés syndicaux du GDiD, soit le SE-Unsa et le SGEN-Cfdt. (...)

(...) Je les en remercie, c'est l'heure de pousser à la roue. Car il est clair à mes yeux que si le GDiD doit continuer son travail de lobbying et faire connaître nos positions, c'est désormais sur le plan syndical, face à face avec nos prochains gouvernants, que les choses vont se jouer. Si nous devons obtenir un statut de Directeur d'école, c'est maintenant. (...)
..."

Voilà des mots que je partage pleinement. Le GDiD est actuellement en période de questionnement et de rénovation. Mais pour autant nous n'abandonnons rien de ce qui nous regroupe, soit l'obtention d'un statut pour les Directrices et Directeurs d'école. Nous avons eu du travail, nous en avons encore beaucoup qui nous attend, mais moi aussi je crois que nous sommes plus proches du but que nous l'avons jamais été.

mercredi 3 mai 2017

Directeur d'école, un vrai métier...

Si certains n'en sont pas convaincus, pour l’État du moins Directrice ou Directeur d'école est un vrai métier, qui requiert compétences, connaissances, savoir-faire et savoir-être. Ce n'est pas nous qui le disons - même si nous sommes bien placés pour le savoir - mais l’État lui-même dans son "Répertoire Interministériel des Métiers de l’État".

Vous en trouverez le libellé dans la rubrique "Responsable de Direction d'un Établissement d’Éducation et/ou de Formation":

Savoir-faire
  • Animer une équipe
  • Conduire un partenariat
  • Élaborer une stratégie, une politique
  • Évaluer, une procédure, une activité, une action, un résultat
  • Gérer un conflit
  • Gérer une situation de crise, d’urgence ou dangereuse
Savoir être
  • Maîtrise de soi
  • Sens de l'initiative
  • Sens des relations humaines
Connaissances 
  • Dispositifs d’éducation et de formation
  • Méthodes de gouvernance et de pilotage d’un établissement
  • Techniques administrative et financière
  • Techniques de conduite du changement
  • Textes législatifs et réglementaires relatifs à l’éducation et à la formation
Compétences managériales requises
  • Systématiquement

Tous ces points nous font particulièrement plaisir dans le sens où ils entérinent s'il en était besoin le référentiel-métier pour lequel le GDiD a beaucoup œuvré ces dernières années. Pour autant il nous reste du travail, nous en sommes conscients, pour que cette reconnaissance explicite se traduise également en termes d'outils, de temps, de formation, d'accompagnement, de reconnaissance institutionnelle à tous les niveaux - y compris financièrement -. Pour le GDiD, cette évolution sera le fuit d'un changement nécessaire, celui de la transformation de l'école en établissement public d'enseignement primaire, car nous savons que seule une meilleure reconnaissance de la structure amènera celle de son pilote. Nous y travaillons d'arrache-pied, n'en doutez pas, car comme vous nous sommes concernés au premier chef !